Harry Potter : sorcier faiseur de lecteurs

L’essentiel de la conférence de Jean Dechamps intitulée

« Harry Potter : sorcier faiseur de lecteurs »

21 octobre 2015 à 20 heures au CMK.

Introduction

Mon  exposé, dont voici les grandes lignes, ne visait pas à l’exhaustivité. En effet, la saga de Harry Potter est une œuvre immense de 3419 pages. Elle est extrêmement touffue et riche. 

Quoique dans un contexte magique, elle aborde et développe de nombreux problèmes humains. Malheureusement, le temps de parole qui m’était imparti ne m’a permis que d’en effleurer quelques uns, tels que la soif de pouvoir,  le racisme, l’esclavage, l’univers scolaire et la mort.

Une analyse détaillée de Harry Potter sous tous ses aspects (psychologique, philosophique et autres) n’était d’ailleurs pas le but et je reconnais humblement que certaines personnes présentes dans l’assistance maîtrisaient ces sujets autant, voire mieux que moi. Tant mieux ! Je ne leur aurais donc pas appris grand-chose en en faisant le but principal de mon exposé. En outre, la discussion qui a suivi celui-ci n’en a été que plus fructueuse. Pour plus de détails, je renvoie ces fans de Harry Potter … et   d’autres , qui consulteront ce site, à la bibliographie non-exhaustive  ci-dessous.

Mon exposé se bornait à démontrer

  • Premièrement : que c’est pour des raisons intrinsèques et non à cause d’un battage médiatique et d’une « Potter Mania »  que Harry Potter a stimulé le goût de la lecture chez les jeunes, même si ces deux phénomènes y ont contribué.
  • Deuxièmement :  que Harry Potter, qui a fait l’objet d’une controverse religieuse, n’est pas une œuvre diabolique, sans pour autant aller jusqu’à affirmer qu’il s’agit d’un nouveau catéchisme ou d’une nouvelle bible !
  • Troisièmement : qu’il s’agit de littérature à part entière, même si je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle mérite de se voir décerner le Prix Nobel de la littérature !

Enfin, pour terminer, j’ai lu et commenté quelques maximes extraites de cette œuvre, qui pourraient être des sujets de dissertation

Bibliographie non-exhaustive

1. Abanes, Richard, Harry Potter et la Bible: la menace derrière la magie. Camp Hill, PA : Horizon, 2001

2. Auriacombe, Eric, Harry Potter, l’enfant-héros, approche d’un pédopsychiatre. PUF

3. Blake, Andrew, L’irrésistible ascension d’Harry Potter. Paris: Kiron – éd. du Félin – approche sociologique des romans

4. Brown, Stephen, Harry Potter: Comment le petit sorcier est devenu le roi du Marketing,   Paris : Dunod, 2005, traduit par François Bachelot – le phénomène de librairie.

5. Chica, Stéphanie, Tout l’univers de Harry Potter, City Editions, 2005 – approche d’une journaliste

6. Colbert, David, Les Mondes magiques de Harry Potter, trad. Philippe Safaoui. Le Pré aux Clercs, 2002

7. Ernould, Roland, Quatre Approches de la magie. Du rond des sorciers à Harry Potter. L’Harmattan, 2003 (spécialiste de Stephen King et des littératures de l’imaginaire)

8. Guillemain, Antoine, Mon pote Harry Potter. Paris : L’Archipel, 2002

trad. Cédric Perdereau. Flammarion, 2003

9. Highfield, Roger, Harry Potter et la science. Trad.Cédric Perdereau, Flammarion 2003

10. Kronzek, Allan & Kronzek, Elizabeth, Le Livre de l’apprenti sorcier, trad. de Mary de Prémonville, Paris :   L’Archipel 202

11. Malone, Aubrey, An A-Z of Harry Potter : everything you wanted to know about the boy wizard and his creator. Friday Books 2007

12. Malone, Aubrey, Harry Potter de A à Z : tout ce que vous avez voulu savoir sur la saga du petit sorcier et sa créatrice. City Editions 2007.(traduction en français du précédent : pour les linguistes !)

13. Vous trouverez la thèse de doctorat de Carole Mulliez  intitulée « Les langages de J.K. Rowling »   sur le site : http://www.theses.paris-sorbonne.fr/these.muuliez.pdf ou en tapant le texte suivant dans un moteur de recherche : « Carole Mulliez, Les langages de J.K Rowling, Université de Paris IV - Sorbonne » (« muuliez » à la place de « mulliez » n’est pas une faute de frappe !)

N.B. Cette thèse de doctorat très intéressante démontre

  • que Harry Potter n’est pas de la sous-littérature
  • que sa traduction en français est excellente. Selon Carole Mulliez, le traducteur, Jean-François Ménard,  a même fait œuvre de « re-créateur » en traduisant les nombreuses innovations langagières.

Je n’ai moi-même relevé aucune erreur, ni dans la version originale en anglais, ni dans la traduction en français. L’anglais de Rowling et le français de Ménard sont impeccables.

À tous les fans de Harry Potter connaissant l’anglais, je conseille vivement la lecture de cette thèse. En tant qu’ex-professeur d’anglais, sa lecture fut pour moi un véritable régal.

14. Smadja, Isabelle, Harry Potter, les raisons d’un succès. Paris : PUF – approche psychologique et philosophique des romans ainsi qu’un aperçu de sources culturelles

15. Vesco, Edi, Le guide magique du monde de Harry Potter, Paris: L’Archipel, 2003

16. Virole, Benoît, L’Enchantement Harry Potter. Paris: Hachette, 2002 – approche psychologique à l’intention des adultes

Résumé de la saga (sans déflorer le sujet)

Source : https://fr.vikidia.org/wiki/Harry_Potter

Harry est orphelin. Il a été recueilli par sa tante, son oncle et leur fils Dudley, les Dursley, qui se montrent abominables avec lui : ils le séquestrent (sa chambre est un placard à balais), l'obligent à faire des tâches ménagères, et Dudley se moque de lui et le rabaisse à l'école... pensant effacer ses dons magiques en le maltraitant ; en effet, ils ont la plus grande aversion pour ce qui sort de l'ordinaire. Le jour de ses 11 ans, Harry va découvrir qu'il est un "sorcier", et, en même temps, apprendre que ses parents sont morts assassinés par le plus célèbre et le plus redoutable des sorciers,Lord Voldemort, dont personne n'ose prononcer le nom (les sorciers lui donnent plusieurs surnoms dont Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et Vous-Savez-Qui). Harry aurait survécu à un sortilège mortel lancé par Voldemort, l’Avada Kedavra, grâce au sacrifice et la force de l'amour de sa mère qui n'était pas censée mourir, à la demande de Severus Rogue, un (soi-disant) fidèle serviteur du seigneur des ténèbres. La mère d'Harry a fait bouclier et le sort a ricoché contre le mage noir, le réduisant à une ombre, moins qu'un esprit, libérant ainsi le monde des sorciers d'une terrible puissance. Tout le monde connaît le nom de Harry chez les sorciers. Dès lors, en compagnie de ses deux amis inséparables (Ron Weasley et Hermione Granger), Harry va découvrir le monde magique, dont lesmoldus(les personnes qui ne possèdent pas de pouvoirs magiques) ne peuvent soupçonner l'existence. Harry va suivre un apprentissage àPoudlard, l'école des sorciers. Les cours ennuyeux desmolduscomme l'anglais, le français, les mathématiques,... sont remplacés par des cours de vol en balai, de botanique, de défense contre les forces du mal, de potions, desortilèges, ... Mais, un soir de juin, après leTournoi des Trois Sorciers(tome 4), Lord Voldemort réapparaît (renaissance permise par un complexe et sombre procédé magique) et décide de prendre sa revanche sur le seul sorcier lui ayant résisté : Harry Potter. Queudver, un serviteur de Lord Voldemort, tue un ami de Harry, Cédric Diggory. Confronté au mage noir, Harry va devoir l'affronter à plusieurs reprises, usant de ses dons magiques, et s'appuyant sur la mystérieuse connexion mentale existant entre lui et son ennemi... Car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit et Harry possède un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore. Harry part à la recherche des Horcuxes, objets qui contiennent des parties de l'âme de Voldemort, et qui lui permettent d'être immortel et des Reliques de la Mort, objets qui permettraient à celui qui les possèdent d'être invincible.

Je n’en ai pas dit plus afin de ne pas déflorer le sujet.

Quelles sont les raisons du succès de Harry Potter ?

Dans notre monde désenchanté, les jeunes … et les moins jeunes ! … ont besoin de fantaisie. Et ce n’est pas ce qui manque dans le monde magique de Harry Potter. En s’identifiant aux héros, les lecteurs peuvent acquérir toutes sortes de pouvoirs magiques, alors que dans la vie de tous les jours, ils sont si limités. Cette soif est étanchée par la lecture de cette saga. De plus, le rythme de l’histoire, les multiples rebondissements de l’intrigue, le récit palpitant et varié tiennent les lecteurs en haleine. En outre, grâce à la magie, ils peuvent s’imaginer faire quasi tout ce qu’ils veulent, alors que dans leur vie quotidienne, tout semble tellement désenchanté, matérialiste et monotone. Bref, la lecture de la saga de Harry Potter fait passer du bon temps. Bien entendu, il est indéniable que le battage médiatique et les nombreux produits dérivés, dont les films, ont contribué au succès de cette œuvre. Tant mieux ! Elle le valait bien ! Grâce à elle, de nombreux jeunes ont pris goût à la lecture.

Harry Potter est une lecture saine

Harry Potter a fait l’objet d’une controverse religieuse.

Après avoir été critiqué par le Vatican, le cardinal Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI,  avait estimé en 2003 que cette saga exerçait « une séduction subtile et profonde corrompant l’âme des jeunes chrétiens avant même qu’elle ne soit formée ». Mais, par après, en 2009, l’Osservatore Romano (journal du Vatican) réhabilitait les Harry Potter,  étant donné que le dernier d’entre eux se terminait par une victoire du bien sur le mal.

Mais les plus virulents détracteurs de Harry Potter furent et sont encore toujours des protestants américains à tendance intégriste. Dans certains états des USA, les livres de Rowling ont été retirés des écoles. En 2000 , Carol Rockwood, enseignante dans une école religieuse du Kent en Angleterre, refusa de laisser les livres de Harry Potter dans sa bibliothèque parce qu’elle pensait que « les diables, les démons et les sorcières  sont réels et constituent une menace semblable, par exemple, à celle des tortionnaires d’enfants. » (sic !)

Aux USA, des livres de Harry Potter ont même été brûlés par des pasteurs protestants intégristes entourés de leurs fidèles.

Cette opposition aux aventures de l’apprenti sorcier est allée jusqu’à friser le ridicule. C’est ainsi que Grace Ann Parsons, une mère de famille américaine protestante à tendance intégriste, s'est lancée dans le projet d'une réécriture de Harry Potter, cédant à l'appel de ses enfants, qui lui réclamaient la lecture des romans de Rowling. Grace a donc décidé de réécrire Harry Potter, en supprimant toute mention à la sorcellerie et la magie, tout en remplaçant minutieusement ces allusions par des références directes au christianisme. Je la cite :  « Mes enfants m'ont demandé de pouvoir lire les livres d'Harry Potter, et bien sûr, je suis contente qu'ils lisent. Mais je ne souhaite pas qu'ils se changent en sorciers. Alors, pourquoi ne pas faire quelques légères modifications de sorte que ces livres soient plus en accord avec la famille ? ». Et la ‘grenouille’ a décidé de tremper sa plume dans un ‘bénitier’ et de réécrire les aventures de Harry. Le résultat a pour titre «Harry Potter à lécole des prières et des miraclesPoudlard devient un monastère. On y retrouve un Dumbledore marié, mais, surtout, débarrassé de toute homosexualité. Eh oui, en 2007, Rowling avait avoué que son personnage était homosexuel !  On y trouve des femmes qui savent rester à leur place, c'est-à-dire au foyer,  et une théorie de l’évolution enseignée comme un simple conte de fées par Hagrid. Les Dursley, bien entendu, y sont représentés commedes socialistes athéestentant d’empêcher Harry d’être sauvé. Quant à Voldemort, il y est représenté commeun membre du Congrès  tentant d’empêcher les chrétiens. On peut trouver cette version revue et corrigée sur le site  https:www.fanfiction.nets106444391Hogwarts-School-of-Prayer-and-Miracles.

(Source :

https://www.actualitte.com/article/zone-51/une-mere-transforme-harry-potter-en-grenouille-de-benitier/51485)

Il suffit de lire Harry Potter pour constater que toutes ces attaques sont injustifiées. Harry Potter prône des valeurs telles que l’amitié, le courage, l’antiracisme, la méfiance vis-à-vis des apparences souvent trompeuses, la défense des opprimés, le triomphe de l’amour sur la haine et la sérénité face à la mort. En outre, la saga se termine par la victoire du bien sur le mal.

La pureté de la langue

Sans aller jusqu’à dire que Harry Potter mérite de se voir décerner le prix Nobel de la littérature, il faut reconnaître qu’il s’agit bel et bien de littérature à part entière. Parmi les nombreux livres et thèses de doctorat écrits sur Harry Potter (cf. bibliographie ci-dessus) figure la thèse de doctorat de Carole Mulliez intitulée « Les langages de J.K. Rowling », dont l’entièreté figure en format PDF sur le site : http://www.theses.paris-sorbonne.fr/these.muuliez.pdf. Elle souligne à juste titre la pureté de la langue, tant dans sa version originale que dans son excellente traduction française par Jean-François Ménard. En tant que germaniste, je vous assure que l’anglais de Rowling et le français de son traducteur, Jean-François Ménard sont impeccables. Rowling utilise un langage simple, mais précis et correct.

Harry Potter est susceptible de réconcilier les jeunes avec l’école

En lisant Harry Potter, j’ai eu le sentiment que Poudlard était un endroit où il faisait bon vivre, un établissement dispensant des cours passionnants. On y apprend par exemple à voler sur des balais et d’autres tours de magie passionnants. La vie quotidienne est loin d’y être monotone. Je me pose donc la question suivante. Et si ce monde magique et passionnant de Poudlard n’était qu’une tentative de Joan K. Rowling pour montrer aux enfants qu’on peut adorer l’école ?

En outre, dans sa famille d’accueil, il est maltraité, et c’est à Poudlard qu’il trouve ses premiers amis (Ron Weasley et Hermione Granger), un père de substitution (Albus Dumbledore, le directeur de Poudlard) , le bonheur … et l’amour (Ginny Weasley, la sœur de Ron), ceci malgré toutes les difficultés qu’il doit affronter.

Hermione Granger est un autre personnage-clé de la saga qui peut exercer une influence bénéfique sur les lecteurs, car c’est une bûcheuse « qui a bien tourné ». Je m’explique. Dans notre monde, les têtes de classe, qui sont toujours les premiers (premières)  à lever le doigt afin de répondre aux questions des professeurs, sont plutôt mal vu(e)s par leurs condisciples. C’est le cas de Hermione au début de la saga. Au début de la saga, elle est l’archétype de la pimbêche bégueule, de la ‘Madame je sais tout’ et les deux inséparables (Ron et Harry) ne l’apprécient pas du tout. Cependant, elle évolue au fil du temps et comprend l’importance de l’amitié. Elle commence à aider ses condisciples à faire leurs devoirs et à les tirer à de multiples reprises de situations périlleuses.

Ce portrait flatteur d’une bûcheuse est à mon avis susceptible de réconcilier les jeunes avec l’école, mais aussi de les encourager à étudier consciencieusement et de manière approfondie … sans en avoir honte !

Quelques phrases à méditer

Même si elle ne valent pas les « Pensées de Pascal », les citations ci-dessous nous permettront d’apprécier la qualité littéraire de l’œuvre et d’ effleurer certains problèmes humains qu’elle développe.

Elles mettent en évidence la qualité de la langue et prouvent que Harry Potter n’est en aucun cas une œuvre diabolique. Certaines d’entre elles pourraient être des sujets de dissertation.

N.B. Les numéros de pages sont ceux des  Éditions Gallimard Jeunesse.

1. Albus Dumbledore, Directeur de POUDLARD : « Pour un esprit équilibré, la mort n'est qu'une grande aventure de plus. [...] C'est comme d'aller se coucher à la fin d'une très très longue journée. » (Harry Potter à l’école des sorciers, page 300)

Contrairement à Voldemort,  qui aspire à l’immortalité en essayant par tous les moyens de tromper la mort (il aurait pu s’appeler « Trompe-la-mort »), Dumbledore, le sage de la saga se résigne de manière stoïque à cette issue fatale de notre vie.

2. Albus Dumbledore : « [La pierre philosophale] donnait autant d'argent et permettait de vivre aussi longtemps qu'on le souhaitait ! Les deux choses que la plupart des humains désirent le plus au monde. L'ennui, c'est que les humains ont un don pour désirer ce qui leur fait le plus de mal. » (Harry Potter à l’école des sorciers, page 300)

La pierre philosophale est effectivement un des moyens utilisés par Lord Voldemort pour tromper la mort. Elle est en effet dotée de grands pouvoirs, notamment celui de transformer n’importe quel métal en or et de produire un élixir qui rend immortel.  Or, Voldemort est l’archétype du mal, de l’individu avide de puissance, de richesse et d’immortalité. Il tente donc de la posséder … en vain.

3. GILDEROY LOCKHART (professeur de défense contre les forces du mal) : « La renommée est une amie bien peu fidèle. » (Harry Potter et la chambre des secrets, page 130)

Le corps professoral de Poudlard se compose d’ enseignants, qui, pour la plupart, donnent des cours passionnants.. L’un d’entre eux, le professeur d’histoire de la magie, Binns (un fantôme : au sens propre et au sens figuré !) donne un cours particulièrement ‘barbant’. Le professeur Severus Rogue est l’archétype du professeur particulièrement sévère (il porte bien son prénom !). Tel est aussi le cas de Gilderoy Lockhart (Lockhart : to lock = fermé à clé, verrouiller – heart = cœur Lockhart = cœur fermé a clé, verrouillé). Il est un professeur narcissique, mégalomane et sans cœur. Il se considère comme un grand magicien et un auteur de talent, mais est en réalité un minable, un plagiaire, un imposteur, un professeur incompétent. Il est tellement imbu  de lui-même, qu’il va jusqu’à se bourrer les poches de photos dédicacées par lui-même. Toutefois, il est conscient du caractère éphémère de la célébrité et a peur de la perdre.

4. ALBUS DUMBLEDORE : « Ce sont nos choix, Harry, qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes. » (Harry Potter et la chambre des secrets, page 347)

Dans la saga de Harry Potter, l’être humain est responsable de ses actes. Il n’est pas prédéterminé à être bon ou mauvais.  Il a le choix entre deux possibilités : se ranger du côté des forces du bien ou du côté des forces du mal. Certains personnages, tout comme chacun d’entre  nous, ont leurs bons et leur mauvais côtés. D’autres passent d’un camp à l’autre.

5. SIRIUS BLACK  (le parrain de Harry): « Si tu veux savoir ce que vaut un homme, regarde donc comment il traite ses inférieurs, pas ses égaux. » (Harry Potter et la coupe de feu, page 557)

Il s’agit d’une allusion à l’esclavage. Dans les « Harry Potter », les elfes de maison sont des créatures aux larges oreilles et aux yeux globuleux, qui sont les esclaves de certains sorciers ou travaillent gratuitement dans les cuisines de Poudlard. La plupart des sorciers les exploitent et les maltraitent.


6. ALBUS DUMBLEDORE  À FUDGE (le ministre de la magie) : « Vous accordez beaucoup trop d'importance [...] à la prétendue pureté du sang ! Vous refusez de reconnaître que ce qui compte, ce n'est pas la naissance, mais ce que l'on devient ! » (Harry Potter et la coupe de feu,  page 748)

Allusion au problème du racisme, qui est omniprésent dans la saga. Il existe en effet différentes catégories de sorciers :

-les sorciers de sang pur, c.-à-d. nés d’un père et d’une mère tous deux sorciers ;

-les sorciers de sang mêlé (surnommés « moitié-moitié ») ;

-les sangs de bourbe, injure odieuse désignant les élèves de Poudlard nés de deux parents moldus, c.-à-d. non-sorciers, comme par exemple Hermione Granger ;

-les cracmols, qui sont des sorciers de sang pur incapable d’exécuter des tours de magie ;

Dans « Harry Potter et la chambre des secrets », Voldemort tente (en vain) de tuer tous les sangs de bourbe.

De plus, il y a deux grandes catégories de sorciers :

-ceux qui exercent la magie noire et sont les disciples de Voldemort

-ceux qui exercent la magie blanche

N.B. Certains changent de camp !

En outre, il y a parmi les sorciers, sauf exception (comme par exemple Arthur Weasley, le père de Ron),  un racisme anti-moldu.

Probablement en raison de son ascendance moldue, Hermione possède de fortes valeurs égalitaires. Afin de lutter pour la libération des elfes de maison, elle fonde la S.A.L.E (Société d’Aide à la Libération des Elfes).

7. ALBUS DUMBLEDORE : « La jeunesse ne peut savoir ce que pense et ressent le vieil âge. Mais les hommes âgés deviennent coupable s'ils oublient ce que signifiait être jeune... » (Harry Potter et l’ordre du phénix, page 981)

Bien qu’Albus Dumbledore soit l’archétype du sage dans la saga, il n’a pas toujours été blanc comme neige (N.B.’ albus’ signifie ‘blanc’ en latin). (Souvent, il ne faut pas se fier aux apparences dans la saga de « Harry Potter » !).  Il est capable de faire son autocritique.

8. ALBUS DUMBLEDORE : « On pardonne plus facilement aux autres d'avoir eu tort que d'avoir eu raison. » (Harry Potter et le prince de sang mêlé, page 115)

9. ALBUS DUMBLEDORE : « Voldemort s'est créé lui-même son pire ennemi comme le font toujours les tyrans partout dans le monde ! Sais-tu à quel point les tyrans craignent les peuples qu'ils oppressent ? Chacun d'eux sait très bien qu'un jour, parmi ses nombreuses victimes, il y en aura forcément une qui se lèvera et frappera à son tour ! » (Harry Potter et le prince de sang mêlé, page 586)

10. ALBUS DUMBLEDORE : « L'âge mûr devient sot et négligent lorsqu'il sous-estime la jeunesse… » (Harry Potter et le prince de sang mêlé, page  649)

11. ALBUS DUMBLEDORE : « C'est l'inconnu qui nous fait peur quand nous contemplons la mort ou l'obscurité, rien d'autre. » (Harry Potter et le prince de sang mêlé, page 650)

12. ALBUS DUMBLEDORE : « Les plus aptes à exercer le pouvoir sont ceux qui ne l'ont jamais recherché. Ceux qui [...] reçoivent la responsabilité du commandement et endossent ce manteau parce qu'ils le doivent puis s'aperçoivent, à leur grande surprise, qu'ils le portent très bien. » (Harry Potter et les reliques de la mort, page 837)

La saga de Harry Potter est un plaidoyer contre la recherche du pouvoir comme but en soi, contre une dictature à la Hitler ou à la  Voldemort.

13. ALBUS DUMBLEDORE : « Le vrai maître ne cherche pas à la fuir [la mort]. Il accepte le fait qu'il doit mourir et comprend qu'il y a dans le monde des vivants des choses pires, bien pires, que la mort. » (Harry Potter et les reliques de la mort, page 769)

14. ALBUS DUMBLEDORE : « N'aie pas pitié des morts [...]. Aie plutôt pitié des vivants et surtout de ceux qui vivent sans amour. » (Harry Potter et les reliques de la mort, page 842)

Une histoire dans l’histoire : un conte philosophique

Et pour terminer, voici le conte des trois frères,  un vrai conte philosophique, qui pourrait être le sujet d’une dissertation sur l’attitude à avoir face à la mort :

"Il était une fois trois frères qui voyageaient au crépuscule, le long d'une route tortueuse et solitaire. Après avoir longtemps cheminé, ils atteignirent une rivière trop profonde pour la traverser à gué et trop dangereuse pour la franchir à la nage. Les trois frères, cependant, connaissaient bien l'art de la magie. Aussi, d'un simple mouvement de baguette, ils firent apparaître un pont qui enjambait les eaux redoutables de la rivière. Ils étaient arrivés au milieu du pont lorsqu'une silhouette encapuchonnée se dressa devant eux en leur interdisant le passage. C'était la mort et elle leur parla. Elle était furieuse d'avoir été privée de trois victimes car, d'habitude, les voyageurs se noyaient dans la rivière. Mais elle était rusée. Elle fit semblant de féliciter les trois frères pour leurs talents de magiciens et leur annonça que chacun d'eux avait droit à une récompense pour s'être montré si habile à lui échapper. Le plus âgé des frères, qui aimait les combats, lui demanda une baguette magique plus puissante que tuotes les autres, une baguette qui garantirait toujours la victoire à son propriétaire , dans tous les duels qu'il livrerait, une baguette digne d'un sorcier qui avait vaincu la Mort ! Le Mort traversa alors le pont et s'approcha d'un sureau, sur la berge de la rivière. Elle fabriqua une baguette avec l'une des branches et en fit don à l'aîné. Le deuxième frère, qui était un homme arrogant, décida d'humilier la Mort un peu plus et demanda qu'elle lui donne le pouvoir de rappeler les morts à la vie. La Mort ramassa alors une pierre sur la rive et la donna au deuxième frère en lui disant que cette pierre aurait le pouvoir de ressusciter les morts. Elle demanda ensuite au plus jeune des trois frères ce qu'il désirait. C'était le plus jeune mais aussi le plus humble et le plus sage des trois, et la Mort ne lui inspirait pas confiance. Aussi demanda-t-il quelque chose qui lui permettrait de quitter cet endroit sans qu'elle puisse le suivre. A contrecœur, le Mort lui tendit alors sa propre Cape d'Invisibilité. Puis elle s'écarta et autorisa les trois frères à poursuivre leur chemin, ce qu'ils firent, s'émerveillant de l'aventure qu'ils venaient de vivre et admirant les présents que la Mort leur avait offerts. Au bout d'un certain temps, les trois frères se séparèrent, chacun se dirigeant vers sa propre destination. L'aîné continue de voyager pendant plus d'une semaine et arriva dans un lointain village. Il venait y chercher un sorcier avec lequel il avait eu une querelle. A présent, bien sûr, grâce à la Baguette de Sureau, il ne pouvait manquer de remporter le duel qui s'ensuivit. Laissant son ennemi mort sur le sol, l'aîné se rendit dans une auberge où il se vanta haut et fort de posséder la puissant baguette qu'il avait arrachée à la Mort en personne, une baguette qui le rendait invincible, affirmait-il. Cette même nuit, un autre sorcier s'approcha silencieusement du frère aîné qui dormait dans son lit, abruti par le vin. Le voleur s'empara de la baguette et, pour faire bonne mesure, trancha la gorge du frère aîné. Ainsi la Mort prit-elle le premier des trois frères. Pendant ce temps, le deuxième frère rentra chez lui où il vivait seul. Là, il sortit la pierre qui avait le pouvoir de ramener les morts et la tourna trois fois dans sa main. A son grand étonnement et pour sa plus grande joie, la silhouette de la jeune fille qu'il avait un jour espéré épouser, avant qu'elle ne meure prématurément, apparut aussitôt devant ses yeux. Mais elle restait silencieuse et froide, séparée de lui comme par un voile. Bien qu'elle fût revenue parmi les vivants, elle n'appartenait pas à leur monde et souffrait de ce retour. Alors, le deuxième frère, rendu fou par un désir sans espoir, finit par se tuer pour pouvoir enfin la rejoindre véritablement. Ainsi la Mort prit-elle le deuxième des trois frères. Pendant de nombreuses années, elle chercha le troisième frère et ne put jamais le retrouver. Ce fut seulement lorsqu'il eut atteint un grand âge que le plus jeune des trois frères enleva sa Cape d'Invisibilité et la donna à son fils. Puis il accueillit la mort comme une vieille amie qu'il suivit avec joie et, tels des égaux, ils quittèrent ensemble cette vie. »

(Harry Potter et les reliques de la mort, pages 477- 479)


Les films

­Le premier mis à part, ils m’ont déçu. Trop souvent, ils sont des films « à grand spectacle », qui usent et abusent d’effets spéciaux. En outre, ils résument à outrance et négligent souvent l’ essentiel. De plus, certains d’entre eux sont interdits aux moins de 11 ans, car ils contiennent de véritables scènes d’horreur.

Il est souvent difficile de les comprendre sans avoir lu les livres, ce qui est paradoxalement une bonne chose. En effet, tant mieux si, après les avoir vus, on a envie de lire les livres. D’un autre côté,  les films ne peuvent que résumer des livres tellement touffus. Chaque film dure entre 2 heures 15 et 2 heures 30 minutes et, de plus, deux d’entre eux ont été nécessaires pour adapter le 7ème et dernier roman. Il y  a donc huit films pour sept livres.

Un point positif cependant pour ceux qui désirent se perfectionner en anglais. L’anglais est excellent, bien articulé et facile à comprendre. Excellent exercice de compréhension à l’audition pour ceux qui étudient l’anglais, d’autant plus qu’ils peuvent s’aider des sous-titres anglais pour sourds et malentendants disponibles sur les DVDs.

Conclusion

­Certaines personnes, qui croyaient ne pas aimer la musique classique, l’ont découverte et ont appris à l’aimer en écoutant les concerts d’André Rieux, virtuose pourtant boudé, voir méprisé par certains mélomanes élitistes.

D’autres, qui croyaient ne pas aimer lire, ont découvert le plaisir de la lecture grâce à l’œuvre de J.K. Rowling, pourtant également considérées comme de la sous-littérature par certains intellos.

J’ajoute que les professeurs de français et d’anglais pourraient utilement se servir de « Harry Potter », ou d’extraits de cette œuvre, comme matériel didactique.

Et pour ceux et celles qui désirent lire le 1er chapitre de « Harry Potter à l’école des sorciers en latin », je les invite à visiter le site mentionné ci-dessous :

http://homepage.usask.ca/~jrp638/latin/harriuspotter/hptexttransl.pdf