"Le créationnisme" - F. Heeren (1)

M. Heeren nous a proposé deux soirées de conférence sur le créationnisme et nous a aimablement communiqué les textes.

Soirée 1 : créationnisme

Une relecture des rapports entre science et foi :
prise de pouvoir religieux ou mouvement politique.

Qu'en penser ?

Introduction

Pour se lancer, une double question et une parabole pour situer les enjeux du débat autour du créationnisme.
Imaginez-vous jeune étudiant du secondaire qui doit, chez les profs de religion, réputés demander l’impossible côté réflexion, préparer une dissertation sur le thème : Pour comprendre historiquement l’origine du monde et de l’homme, quelle discipline peut vous aider à résoudre la question : la religion, la philosophie et/ou la science ? A quelle discipline donner la priorité ? Que choisir ? Serait-ce une question insoluble ? Pourquoi ne pas se tourner vers d’autres personnes ? Imaginons simplement un micro trottoir sur le sujet. Les réponses seront tranchées et très diverses, parfois sans nuance. Imaginez que vous soyez vous-même sollicité. Que répondre ?
Certains peut-être aborderont une réponse pour allier les divers discours : est-on obligé de choisir ? Ne peut-on les concilier ? D’autres seront assez carrés : on ne peut concilier l’inconciliable ? L’homme peut-il à la fois descendre du singe et être créé en l’espèce, au sommet de la création !
Pour compliquer, si besoin en est, la question, lorsqu’on lit attentivement le texte de la Genèse, on se trouve face à de curieux contresens. Par exemple, au premier jour, est créée la lumière, alors qu’au jour quatre, création des luminaires, soit le soleil et la lune. Comment éclairer et comprendre ces contradictions ?
Pour résoudre la question, nous ne pourrons pas échapper à la réflexion sur le statut et l’objectif des trois disciplines que sont la science, la philosophie et la religion. De plus, une nouvelle question jaillit bientôt. Visent-elles la même compréhension du monde et de l’homme ?
Pas évident de se retrouver dans ces divers discours pour répondre à cette question ? a la place de l’élève, je ne sais pas moi-même comment bien des adultes pourraient tenir un discours argumenté. Espérons que le contenu de ce soir pourra un minimum y répondre !
En élargissant la dissertation sur la recherche de la discipline appropriée pour répondre au sur le sens du monde et de la réalité, que répondriez-vous ?
Il me paraît que ce serait encore bien plus complexe …et pourtant, c’est là des réponses que chacun aimerait résoudre. Selon ses conceptions philosophiques et convictionnelles, certains cherchent à imposer une discipline par rapport à l’autre. Dialogue de sourds garanti.
Comment dépasser le débat ? C’est ce que je vous invite à parcourir avec moi.

Pour débuter, une parabole moderne qui rejoint ces questions.

La Parabole des deux explorateurs

« Il était une fois deux explorateurs qui avaient trouvé une clairière dans la jungle. Dans la clairière poussaient beaucoup de fleurs et beaucoup de mauvaises herbes. Un des explorateurs dit : » II y a nécessairement un jardinier qui entretient ce terrain. » L'autre n'est pas d'accord : « Il n'y a pas de jardinier » Aussi, ils dressent leurs tentes et organisent une surveillance. Aucun jardinier n'a jamais été vu. « Mais c'est peut-être un jardinier invisible. » Alors, ils dressent une clôture de fil de fer barbelé... Ils l'électrifient. Ils la surveillent avec des limiers.... Mais aucun cri ne suggère jamais que quelque intrus ait reçu une décharge. Aucun mouvement de fil de fer ne trahit jamais un grimpeur invisible. Les limiers n'aboient jamais. Pourtant, le croyant n'est pas encore convaincu. « Mais il y a un jardinier, invisible, intangible, insensible aux décharges électriques, un jardinier qui n'a pas d'odeur et qui ne fait pas de bruit, un jardinier qui vient secrètement pour s'occuper du jardin qu'il aime. » A la fin, le sceptique désespère : « Mais que reste-t-il de ta première affirmation ? Et en quoi précisément ce que tu appelles un jardinier invisible, intangible, éternelle-mont insaisissable, diffère-t-il d'un jardinier imaginaire ou même d'un jardinier qui n'existe pas du tout ? »

A la lecture de cet extrait, on se rend compte combien il n’est pas facile, dans la relecture ou la compréhension des origines de la terre, de choisir où situer sa loyauté. La réponse de chaque intervenant, me semble-t-il, marque nettement une préséance de la réponse « idéologique personnelle », selon les représentations mentales dominantes de chacun.
Dans les courants créationnistes, c’est la position du croyant dans le conte qui est dominante. Mais, contrairement à ce dernier, la volonté d’argumenter leur position philosophique est réelle. Pour eux, il est inconcevable qu’il n’y ait pas de jardinier. C’est le coeur de leur foi, d’ailleurs, les écritures saintes sont explicites. Le créateur a créé l’univers en 7 jours, en l’état. Des études et recherches appuient, dans une démarche qui se veut scientifique, cette intuition. Des démarches pédagogiques sont mis en place.

Une mode ou un courant de fond ?

Le créationnisme est-il un phénomène à prendre en compte ou est-ce simplement une mode qui, comme dans de nombreux cas, passera rapidement. Non ! Opposer Darwin et Dieu, n’est pas du tout anecdotique. Au-delà d’un dialogue de sourds, derrière des arguments ou développements hors de notre vision des choses ou contradictoires, il s’agit de travailler, de reformuler à nouveaux frais l’articulation entre la foi et la science. Se pose encore la place et le sens de l’homme dans l’univers, la raison de son apparition, voire de la complexification croissante du réel observé : c’est donc encore une manière de se poser la question t du hasard ou de la nécessité ? Concernant la réponse créationniste, à l’influence grandissante, les sondages se suivent et confirment combien le phénomène s’amplifie :

En 1993, l’institut Gallup réalise un sondage aux Etats-Unis et pose la question suivante : « De laquelle des propositions suivantes vous sentez-vous le plus proche ? »
Réponse :
Dieu créé les hommes à peu près dans leur forme actuelle et en une fois, il y a moins de dix mille ans (47 %).
Les hommes se sont développés a partir de formes de vie moins avancées, sur des millions d’années, et Dieu a guidé ce processus (35 %).
Les hommes se sont développés à partir de formes de vie moins avancées, sur des millions d’années, mais Dieu n'a eu aucun rôle dans ce processus (11 %).
Sans opinion (7 %).

En juillet 2005, un sondage effectué par l'institut de recherche Pew estime que près de deux Américains. Sur trois (64 %) sont favorables à l'enseignement du créationnisme ou de l'intelligent design en plus de la théorie de l’évolution; 38 % d’entre eux. souhaitent le retrait de Charles Darwin de l’enseignement scolaire On comprend des lors le constat selon lequel, chaque fois qu'un enfant américain rentre de l'école en disant «j’ai appris que la Bible était fausse », c'est de la graine créationniste qui est plantée !

Enjeu : législation et éducation

Mon attention pour la dynamique créationniste a été attirée en 2005, d’abord par une série d’articles sur la question de l’évolutionnisme durement combattu comme discipline scolaire (cours de biologie). Aux USA, depuis près de 100 ans : (en 1925,1999 et 2005), il y a eu les successifs procès du singe qui posent la question d’imposer le créationnisme à l’école, en lieu et place des théories de l’évolution. L’enjeu est de pouvoir enseigner le créationnisme à l’école. Plusieurs fois, les arguments finalement tournés au ridicule par les scientifiques présents, jusqu’à, nous le verrons, la mise au point, récente, du « Dessein Intelligent » qui a, par ses aspects scientifiques dans son développement, conquis une bonne part de la population américaine et s’est finalement imposée comme discipline scolaire ces dernières années, au même titre que les théories de l’évolution.
C’est ainsi que, durant les années 2000, en Arkansas, le débat fait rage. Plusieurs procès fortement relayés par les medias, initiés par certains mouvements créationnistes richement dotés, tentent d’imposer le remplacement du cours sur l’évolution par « un cours respectant une lecture croyante, directement inspirée par les saintes écritures ». Sur 5 ans, selon le juge ou l’influence politique, les décisions juridiques pour l’enseignement de ces théories à l’école sont passées d’une position à l’autre. Aujourd’hui, la loi dans ces Etats impose le fait d’étudier les deux disciplines en parallèle au cours de bio.
C’est donc bien l’introduction d’un nouveau concept, le dessein intelligent (Intelligent Design ou ID) : qui a permis de réintroduire le créationnisme : le Monde ne peut être dû au hasard, mais est voulu par le ID. En 2004, le comité scolaire du Kansas vote l’enseignement de l’ID par 6 voix contre 4. 20 Etats sont aujourd’hui déclarés pour qu’on enseigne le créationnisme scientifique à l’école en parallèle à l’évolutionnisme.
Selon moi, gagner le combat sur le terrain scolaire, c’est gagner en légitimité. Mais aussi, et c’est particulièrement préoccupant, former des générations futures à abandonner tout esprit critique en lmatière de sciences. Quel en sera l’avenir ? il y a le rsique d’encore renforcer une lecture fondamentale des récits bibliques, préoccupation bien éloignée d’une éducation ouverte et curieuse de la réalité. Au service de quels intérêts occultes ?

Evolution de ma propre pensée sur ce sujet :

Il ne s’agit pas d’un débat anodin ; il pose la question de l’articulation entre science et foi, sans oublier qu’il touche aussi, et peut être avant tout, une dimension personnelle et existentielle de fond à ne ps perdre de vue.
Pour ma part, au départ, le débat me semblait anecdotique anodin, encore une histoire de ces barbares fondamentalistes américains !? Finalement, qu’est-ce que cela peut changer ?
Aujourd’hui, le débat ne se limite pas aux Etats-Unis : les mêmes questions se posent à la vieille Europe. Quelques exemples : au cours de biologie, certains étudiants universitaires peuvent, sans faute, réciter les mécanismes évolutionnistes à la perfection, et, quand le professeur pose la question sur le sens (qu’en penser vous ?), le discours change de niveau… « Pour mes convictions et ma vie personnelle, comme pour ma foi, je ne crois pas à ces théories, mais à ce que m’en dit ma religion ».
Dans certains pays européens, par exemple en Pologne comme dans certains länder allemands, les enseignants sont obligés d’enseigner parallèlement les deux théories.
Un article du Soir d’avril 2008 a une nouvelle foi attiré mon attention : En Belgique, les mondes enseignant et politique s’émeuvent. De futurs enseignants en biologie adoptent une attitude claire : pour eux, il n’est pas question d’aborder le chapitre de l’évolution pourtant inscrit au programme. Des élèves refusent d’étudier cette théorie. Comme si l’on fonctionnait visiblement par tiroir. Les ministres rappellent la règle de base de tout enseignement : ce sont les programmes qui déterminent les matières à enseigner, pas les convictions personnelles des enseignants ! Par l’administration, ils vont mener l’enquête.
Les professeurs de religion et de morale, dans tous les réseaux, sont régulièrement confrontés à ces objections. En mai 2008, une formation en inter réseaux, sur trois jours, a rassemblé 350 personnes à Namur… ; ce fait montre que la question est dans l’air du temps, préoccupe les professeurs de cours philosophiques en Wallonie et à Bruxelles et nécessitent un temps de formation adéquat.

Une invitation à faire le point.

Comment faire le point ? Prendre de la hauteur ?
Il est clair que prendre et choisir une position contre l’autre ne peut que radicaliser les positions réciproques. Et entrer dans un dialogue de sourds, car nous sommes ici dans un combat plutôt idéologique.
On se trouve aussi face à des stratégies de prise de pouvoir d’une discipline contre l’autre… Au nom de sa foi et d’une lecture, fondamentaliste ‘au pied de la lettre, située existentiellement.
Réciproquement, c’est encore faire le choix de réfuter une théorie par une autre.
Est-ce la bonne stratégie ? On ne peut, à ce niveau, marqué au départ des convictions de chacun (comme dans le conte des deux explorateurs) que se discréditer mutuellement.
Mon choix est de mener les questions de front, sans mélanger les discours ou les explications de l’origine du monde. D’une part, en tentant de comprendre ce qui anime les créationnistes dans leur combat, d’autre part, étudier et distinguer les divers niveaux de langage et de discours. Ceci implique l’effort d’aller plus loin. Que disent les diverses théories ? Quelle peut être le sens de chaque discipline, religieuse, philosophique et scientifique ? Les réponses apportées par chacune d’entre elles touchent d’autres horizons. Chacune dans son vocabulaire spécifique et son niveau de réalité.

De plus, on ne peut passer à côté de la dimension existentielle des réponses.

On touche dans ces questions à l’énigme des origines, de mon origine comme personne. Dans une dimension personnelle et identitaire, dans le vécu intime de beaucoup, ce ne peut être la science qui me donne sens, mais c’est en Dieu que je trouve et éprouve mon origine et mon identité.
Dans ce domaine, donner prééminence à la science, c’est quelque part trahir ce lien à Dieu. Il est nécessaire pour certains croyants de savoir ou connaître son origine personnelle par le lien au Créateur qui nous a créé hors du monde, et non de se savoir « descendre d’un ancêtre primate qui me ferait cousin du singe ». On pourrait traduire ce réflexe en d’autres mots : dire que c’est la science qui explique mes origines, c’est comme porter une insulte à sa mère. Je ne viens pas de loin, de rien, mais je trouve sens dans la filiation et l’origine divine de ma personne. C’est ainsi qu’il est particulièrement délicat d’aborder ou de concevoir un lien entre deux disciplines contradictoires.
Qu’est-ce qui me donne sens, sinon la religion ? Il est impossible ou heurtant de se représenter d’être le fruit du hasard plutôt que de Dieu. Et certainement pas une théorie qui me lie au singe, à l’évolution des espèces. Resituer les discours créationnistes dans leur dimension existentielle évite de stigmatiser une réflexion fondamentale. Et, en tout cas, de diaboliser celui qui ne pense pas comme m.
Au-delà de la question théorique, on est donc ans un ancrage, une réponse personnelle, ancrée au plus profond de soi, de la question de son origine personnelle, du sens de sa naissance et du sens de son existence. Quelle est mon origine ? Ce qui entraine le besoin d’entendre les questions posées à chacun, sans stigmatiser ou se moquer de l’avis profondément ancré chez chacun. Si on ne tient pas compte de cet aspect, l’autre peut être profondément choqué et rejeter logiquement tout autre argumentation.
Cet aspect est à garder en tête quand, comme moi dans mon rôle de professeur ou dans toute conversation, on aborde ces questions !

Les rapports entre science et foi.
Mise en perspective historique et philosophique de la modernité qui crispe l’Eglise.

Un petit détour historique et philosophique me semble utile.
En fait, la préséance de Dieu et son rôle dans les origines du monde était la position traditionnelle de l'Église jusqu'au XIXe siècle. Querelles ravivées, relayées à nouveaux frais, ces théories de l'évolution, notamment celle de Darwin, datent de cette époque.
Le XIXe siècle était marqué par une rupture, un conflit majeur entre la position scientifique, qui tendait à établir le fait de l'évolution, et les positions religieuses. Le darwinisme a été très mal reçu par le monde religieux en général. Ce conflit entre la science et la religion est resté intense jusqu'au début du XXe siècle.
Elle s’explique aisément par une remise en contexte. Depuis que l’homme prétend, pour comprendre le monde et répondre à la question de l’origine et au sens de l’humanité, se détacher de la religion pose, évidemment, question aux croyants. Le positivisme scientifique d’Auguste Comte au XIXème siècle en est l’aboutissement qui ne put que crisper les relations entre science et foi. C’est le sens de sa réflexion popularisée par son livre.

Pensée antique (jusque fin M.A.) L’âge des philosophes (Lumières) L’âge scientifique (XIXème siècle)
Un schéma global : tout trouve son origine en Dieu. Les représentations scientifiques et cosmogoniques (Dieu trône dans les Cieux) sont éclairées par ce paradigme. Je justifie mon existence par Dieu L’homme explique le monde qui l’entoure en recourant aux esprits et divinités (rel° antiques) ou par le Créateur, cause première non causée (rel° monothéistes) On y trouve une hiérarchie sociale adaptée où le rôle de la religion est prépondérant. Les découvertes scientifiques de Copernic (1543, des révolutions des orbites célestes) et Galilée en 1633 (procès Théologique, déjà !), comme la quête de Descartes (cogito, ergo sum) vont inverser la logique : pour comprendre l’univers, on part de l’homme. « Ose penser par toi-même » Dieu reste présent, mais en bout de ligne, pour expliquer le pq. du pq., ou support de la science (Dieu premier moteur ou grand architecte, ou comme garant d’une vie sociale juste et bonne En bout de course, les philosophes du soupçon vont franchir le ps supplémentaire. Dans le positivisme scientifique, dieu devient inutile, peut être supprimé. En témoigne cette réponse de Laplace à Napoléon : « je n’ai pas besoin de cette hypothèse, sire » En d’autres mots, et en termes à nuancer, la science renonce à chercher le pq., mais se branche sur la recherche du comment... Cette approche caractérise la modernité.

Dieu
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Monde
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Société
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homme


Homme (sa raison)
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société
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monde
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Dieu


Homme (athée)
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Société
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monde
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Dieu devenu hypothèse inutile (athéisme)

Les réserves ecclésiales à ces réalités datent de cette même époque. Il faudra attendre la position de JP 2 en 1981 pour entendre que « les théories de l’évolution sont plus qu’une hypothèse. » Question vie morale, le doute où la mise en question de la modernité est aussi à lire dans cette même perspective, dont le créationnisme ravive les tensions entre religion et science.

Les ressorts du créationnisme : quelques réflexions critiques

A l’origine de la réflexion, ou plutôt de la conception créationniste, on retrouve plusieurs questions, deux écueils de croyants face à la théorie de l’évolution qui, pour certains croyants, ne peuvent être compatibles avec la foi en un Dieu créateur comme le relatent les premiers chapitres de la Genèse :

Le créationnisme (cf. John G. Whitcomb) se caractérise par :

  • 'une lecture très littérale des récits de la Genèse', qui entraine une prise de contrôle de tout autre système de pensée ;
  • le monde, les animaux et les plantes comme l’homme ne peuvent être créés qu’en une fois. Les espèces ont été créées séparément en une seule fois et sont restées inchangées dans leurs caractères, depuis l'origine de la vie (voir les textes de la Genèse) ;
  • ceci entraîne le rejet viscéral des théories néo darwiniennes car l’évolution semble en contradiction flagrante avec ce constat en d’autres mots, une critique des théories évolutionnistes (réaction contre le darwinisme), une volonté de valider scientifiquement la chronologie biblique. Le créationnisme scientifique tient le récit de la Bible (les six jours de la création, le déluge, l'arche de Noé ...) pour une vérité scientifique qui peut rivaliser sans complexe avec les théories scientifiques sur l'évolution ;
  • ceci entraine notamment une vision du réel caractérisée par :
  • l’homme est créé en l’état, le dernier chef d’oeuvre de la création, pour dominer et organiser le monde, tenant lieu (lieutenant) du Très Haut ;
  • dans la même logique, il est inconcevable que l’homme descende du singe. S’il est créé en l’espèce, impossible de concevoir un lien de parenté avec le reste du monde animal. Il y a, dans ces relectures, l’affirmation, voire le besoin de se trouver « extérieur », différent de la nature. C’est là, me semble-t-il, un enjeu existentiel fondamental à garder dans le débat ;
  • enfin, on le voit, il est question de comprendre et interpréter les textes à la lumière des récits de la création. Cette question relance la nécessité d’un travail critique de nos relations aux écritures saintes. Et donc de les resituer dans leur contexte de l’histoire et de la foi d’Israël. Mais ce travail, ce sera précisément l’objet de la seconde soirée. Patience, patience.

Le créationnisme est donc à lire comme une position philosophique de base qui refuse les théories de l'évolution, selon lesquelles l'homme descend de l'animal. Elle affirme que l'apparition de l'espèce humaine s'est déroulée sous l'action immédiate de Dieu. Elle se réfère au concept de création que l'on trouve classiquement dans les textes bibliques.

Darwin, ou le Créateur ?
Comprendre et interpréter la question de nos origines par la clé de conception intelligente (ID)
Créationnisme doux ou radical : De quoi s'agit-il ?

Nous l’avons vu, le créationnisme radical repose sur une lecture littérale et toute puissante, fondamentaliste des récits bibliques. Point de salut par la science. Tout ce qui contredit ce qui est écrit dans la Bible ou dans les autres récits fondateurs ne peut être valable et doit être combattu. Cf les procès du singe ou la question de l’enseignement du créationnisme en biologie en lieu et place des théories de l’évolution.
Le créationnisme doux, c'est une façon de présenter le créationnisme sous une forme plus acceptable. Mais il pose toujours autant de problèmes sur le plan scientifique. Ce nouveau créationnisme dit accepter le phénomène de l'évolution tout en soulignant qu'il ne peut pas être compris sans une intervention extérieure. C’est le refus du hasard pour privilégier l’hypothèse d’un sens, d’une finalité aux choses.
C’est ici la théorie de la thèse du Dessein Intelligent qui se veut un pont entre le créationnisme et l'évolutionnisme. Elle défend la thèse d'une évolution biologique orientée et programmée. Dieu a créé la vie avec la programmation de l'évolution qui mène à l'homme (blanc bien entendu).
Pour les tenants de cette théorie basée sur des fondements religieux et non scientifiques, la sélection naturelle décrite par Darwin ne peut suffire à expliquer la perfection du code génétique ni l'équilibre naturel de la vie sur Terre. Ils évoquent alors une «force intelligente supérieure» comme étant à l'origine de la création. Le mouvement reste très discret sur l'identité du Créateur, mais il ne fait pas de doutes qu'il cherche à se mettre en travers du chemin des Darwinistes. «L'ID n'est ni plus ni moins qu'une tentative de rendre le créationnisme acceptable aux yeux de la majorité des Américains, en y gommant les références religieuses explicites», explique John C. Green, professeur en sociologie des religions à l'Université d'Akron, dans l'Ohio.
Cette mouture allégée du créationnisme n'a pas eu de mal à se vendre, dans un pays qui compte 90 % de croyants. Selon un sondage Gallup de novembre 2004, seul un tiers des Américains pensent que la théorie darwinienne est étayée par des faits scientifiques, et la moitié de la population est persuadée que les humains ont été créés sous leur forme actuelle ou sous une forme approchante il y a dix mille ans.
Selon un sondage effectué en juillet 2005, 65 % des Américains souhaitent que le créationnisme soit enseigné au même titre que la théorie de l'évolution. L'homme est-il le résultat de la création divine ou le produit de l'évolution des espèces, comme l'ont pensé Charles Darwin et la majorité des scientifiques après lui ? Les deux thèses s'affrontent depuis longtemps, y compris devant les tribunaux. Dans les écoles, les créationnistes estiment que le fait d'enseigner uniquement le darwinisme dans les cours de science revient à ne pas respecter la liberté de conscience.
Par exemple, la Pennsylvanie, Etat du Nord-Est plutôt progressiste, fait parler d'elle depuis qu'une école y a adopté, en octobre 2004, un enseignement intermédiaire basé sur l’«Intelligent Design», «ID» ou «Conception intelligente». La direction de l'école Dover Area High School a ainsi ordonné aux professeurs de biologie de la de «sensibiliser les élèves aux lacunes et/ou contradictions» de la théorie de l'évolution. Des propositions similaires ont été déposées dans une vingtaine d'Etats, dont à New York au mois de mai dernier, demandant que «la conception intelligente» soit dispensée dans toutes les écoles publiques.

Une dimension politique et réactionnaire s'ajoute à la dimension religieuse.
Un enjeu qui allie propagande morale et politique de fond

Derrière les discours et les procès intentés par les courants de l’ID, il reste une dimension politique récurente qui appelle à la plus grande vigilance.

Pourquoi ce « grand retour des conceptions créationnistes sur le devant de la scène idéologique, religieuse et politique ? Quel est le véritable but du créationnisme actuel ?
Depuis une trentaine d'années, certaines tendances fondamentalistes dans le monde protestant veulent revenir à une lecture littérale de la Bible. Aux États-Unis, l'ex-président Ronald Reagan soutenait le mouvement créationniste. Actuellement, George W. Bush fait de même.
On est face à une idéologie dangereuse à plus d’un titre, qui ont des moyens financiers et des leviers politiques énormes. Ils n’ont pas été pour rien dans l’élection de Bush … qui leur en est redevable et donc leur doit de donner des gages politiques qui radicalise sa politique intérieure : l’argumentation et la justification rejoignent, curieusement ???, les positions les plus radicales au niveau moral d’une Amérique puritaine et réactionnaire. On se trouve face à de arguments du même tonneau que les questions du rejet, par la droite conservatrice et puritaine de l’avortement et de l’euthanasie, comme la justification du rejet et de la stigmatisation des homosexuels coupables d’avoir propagé le sida, ...
Au coeur d'une Amérique de plus en plus religieuse, les grandes ères géologiques, la paléontologie et la préhistoire ne font plus recette. Dans le jardin d'Eden du «Dinausore Adventure Land» de Pensacola, Brenda Shank cite à tour de bras le livre des Révélations, qui prédit la fin du monde «Ce qui est écrit est en train de se produire. Regardez les dérives du sexe, de la drogue, et la perte des valeurs morales.»
On peut finalement situer le débat dans la mouvance générale de retour du religieux dans un contexte fondamentaliste. C'est une position réactionnelle, c'est la peur de l'avenir, une défense contre la science et l'extérieur c'est un repli sur soi. Aux États-Unis, dans ce milieu très conservateur, on retrouve la volonté d'interdire l'avortement ou le refus de l'homosexualité par exemple.

Enjeu : néoconservateurs et foi chrétienne : mouvement nationaliste !

De là à ce que d'aucuns reviennent à la charge avec la menace des foudres divines sur ceux qui suivraient Darwin, il n'y avait qu'un pas, franchi, aux Etats-Unis mais aussi de ce côté-ci de l'Atlantique. L’opposition dure et radicale à l’évolution se manifeste clairment : le 10 novembre 2006, le télé-évangéliste Pat Robertson, grand supporter de George Bush mettait en garde les habitants de Dover (Pennsylvanie) contre la colère divine parce qu'ils avaient osé voter contre l'introduction du «dessein intelligent» dans les écoles locales. Les néo-conservateurs ne ciblent pas leurs efforts sur le seul Etat du nord de la fédération: il y a des campagnes similaires dans vingt autres Etats !
En fait, derrière cette conception nouvelle se cache d'ailleurs une fondation conservatrice de Seattle, l'Institut de la Découverte, largement financée par la droite chrétienne. L'«Intelligent Design» n'est donc pas le fruit d'une nouvelle découverte scientifique, mais émane de la réflexion de deux chercheurs de l'Institut de la Découverte, Michael J. Behe, un biochimiste et William A. Demski, mathématicien. Depuis dix ans, aidés des moyens de leur fondation, ils popularisent leur théorie à coup d'articles et d'ouvrage de vulgarisation. (Cf l’Atlas de la création, qui se situe dans l’univers religieux musulman, mais rejoint les créationnistes chrétien sur le mode de pensée. il a été distribué l’an passé ans les écoles de la Communauté Française).

  • Le créationnisme est une doctrine qui réconforte : pour les américains, c’est comme dire « nous sommes membres d’une nation bénie par Dieu dans un monde parfait ».
  • Les droits donnés à ce peuple viennent du Créateur, de Dieu directement. On est face à un cataclysme politique d’un peuple élu et une nation spéciale (de Dieu) face à ceux qui, si on est né du hasard, ôtent toute prétention à ce niveau.
  • La reconquête morale au coeur de ces mouvements. Défense du pays par ceux qui croient à la moralité contre ceux qui ne savent distinguer le bien du mal. Ceux qui résistent au mariage gay, l’avortement, l’évolution sont du même bord.
  • Argument : si l’homme ne descend pas de Dieu, pourquoi l’homme s’empêcherait-il de voler, tuer, pratiquer l’avortement ? Il ne serait alors qu’un animal.
  • Conviction que les USA sont le centre du monde chrétien chargé de diffuser le message. Tout est utile : tv, radio, revues, éditions, parc à thème.

Un exemple de réalisations promues et financées par les mouvements créationniste : Les « musées » de la création :

Soutenu par la droite chrétienne et renforcé par l'élection de George W. Bush, le mouvement créationniste finance des projets toujours plus ambitieux et démagogiques. Les «musées» de la création fleurissent, mais ils n'en ont généralement que le nom. Par contre, les moyens dépensés pour dispenser leur «Vérité» sont bien réels. A Cincinnati, dans le nord-est du pays, la construction d'un de ces établissements est estimée à 25 millions de dollars. Les frais sont pris en charge par Answers in Genesis, une importante organisation créationniste américaine.
Dans ce courant, on emmènera, c'est sûr, sa famille à l'institut de la Création de Cincinnati. « Nous sommes fatigués des musées qui apprennent à nos enfants que Dieu n'est pas à l'origine de la création du monde. Vous savez, cette idée reçue comme quoi la terre serait vieille de plusieurs millions d'années...»
Dans ce pseudo-musée, les fondamentalistes révéleront leur vision dans tous ses excès. Une exposition dédiée aux maladies et à la famine devrait expliquer notamment que les désastres sont la conséquence du péché humain. Par exemple, pour Answers in Genesis, la responsabilité de la fusillade de l'école de Columbine, qui a fait 13 morts, incombe à Charles Darwin, car, selon l'association créationniste, les auteurs du crime auraient mentionné le processus de sélection naturelle décrite par l'Evolution. Une autre salle incriminera les homosexuels pour avoir propagé le virus du Sida. A la sortie, le visiteur sera mis en garde par un panneau géant: « Quiconque rejette l'histoire de Dieu est intentionnellement ignorant ».

La position actuelle de l’Eglise catholique ?

L'on pensait que l'Eglise catholique avait définitivement enterré l'idée que Dieu aurait créé la terre en six jours de 24 heures, il y a moins de dix mille ans, lorsqu'en 1996, Jean-Paul II, à l'occasion du 60e anniversaire de la refondation de l'Académie pontificale des sciences, avait fait savoir « que la théorie de l'évolution était plus qu'une hypothèse ». Ce faisant, le Pape laissait entendre que l'Eglise n'admettait pas toutes les interprétations matérialistes et réductionnistes de la création du monde mais en même temps, elle n'allait pas -ou plus... - jusqu'à les remettre en question.
Autrement dit, il n'y avait plus une vision univoque et unique de la Création. Pourtant, le 7 juillet 2006, dans les colonnes du « New York Times », l'archevêque de Vienne et, à un moment cité comme très sérieux candidat à la succession de Jean-Paul II, le cardinal Christoph Schönborn repartait à l'attaque contre les théories évolutionnistes, militant pour l’introduction de l’Intelligent Design dans la doctrine catholique et dans les cours de science..
Certains ne sont guère étonnés de ce retour en force de l'anti-darwinisme, vu qu’on parle désormais de « dessein intelligent » dans l'espoir de démontrer qu'un univers si parfaitement ordonné suppose l'intervention d'une divine volonté. C'est, nous l’avons vu, la théorie fondamentalistes protestants : il n'y a ni hasard, ni nécessité dans les débuts humains de cette planète mais une intervention de la Providence de Dieu qui a fait dire à d'aucuns qu'il fallait mettre la théorie de la création divine au moins sur le même pied que celle de l'évolution...

Le créationnisme en Europe ?

On peut observer certaines tendances analogues sur le plan éthique mais qui ne sont pas associées au créationnisme. Une tradition d'ouverture à la modernité dans le monde chrétien européen fait que les interactions avec la science font l'objet d'analyses plus élaborées. C'est la raison pour laquelle le créationnisme a chez nous beaucoup moins d'impact.
Mais l'on aurait tort de penser, et l'actualité nous le confirme, que ce n'est qu'un problème américano-américain: aux Pays-Bas, la ministre chrétienne-démocrate de l'Education, Maria Van Hoeven, disant «ne pas croire au hasard», est prête à relancer le débat à l'école et en Suisse, des protestants et des catholiques vont financer un parc à thème sur la Genèse, question de contester les théories de Darwin.

Côté religion musulmane ?

Reconnaissons tout d’abord ce fait : ce sont bien les milieux chrétiens, au départ protestants puis au coeur du catholicisme qui peuvent revendiquer la paternité des théories et des démonstrations créationnistes. Même si certains milieux aimeraient situer ce débat prioritairement au coeur de la religion musulmane pour une fois de plus la stigmatiser et les présenter comme « de bons fondamentalistes en retard d’une guerre, la réalité historique démontre qu’il n’en est rien.
Bien entendu, une frange de ces population ont effectué un « copier-coller » des ces théories religieuses. Pendant ce temps-là, des créationnistes musulmans ont repris «con amore» les arguments « littéralistes ». Très répandus en Turquie et dans certains pays asiatiques, ils font recette chez les «ultras» en Europe et en Amérique...
Pourtant, Ahmed Hany Mahfoud, professeur de religion musulmane dans la région liégeoise, reconnaît que le débat existe dans la communauté musulmane. « On ne peut pas y échapper ».

L'enseignant l'affirme: « Je n'ai pas de problème avec la théorie de l'évolution. » Pour lui, le Coran permet de l'intégrer. « Dans le Coran, on peut lire: «Allez par la terre. Considérez comme Il (Dieu) a débuté la création » (Sourate 29 verset 20). Mais aussi: « Ton Seigneur dit aux anges: Je suis en train de créer un humain d'une argile de boue croupie. Quand Je l'aurai rendu complet, lui aurai insufflé Mon Esprit, tombez devant lui prosternés » (Sourate 15 versets 28-29). Le premier verset prétend que l'« historique » de la création est inscrit dans la nature. Le deuxième pousse à écarter la version d'une création spontanée et en « une pièce » de l'homme. Bref, le musulman peut encore admettre que son texte fondateur supporte une lecture plus proche de celle que font les scientifiques. Une lecture raisonnée, attentionnée du Coran laisse donc une place à la théorie de l'évolution. Mais tous les musulmans ne sont pas tous au courant de cette lecture. Cette interprétation est assez intellectuelle. Or trop peu de gens sont en mesure d'en faire l'exégèse. »
Ahmed Mahfoud n'a pas d'attitude tranchée. Il considère que la thèse de Darwin est davantage qu'une théorie, mais qu'elle n'est pas encore définitive. « Elle a déjà changé depuis qu'elle a été élaborée. » Pour lui, ce qui compte, c'est qu'il n'y ait pas de contradiction entre une vérité scientifique et un verset du Coran. « Tant qu'une affirmation scientifique reste au stade de la théorie, explique-t-il, nous devons lui laisser du temps d'être confirmée ou infirmée. Si elle devient vérité, c'est l'interprétation du verset qui doit être changée. A mes élèves, je dis: si la théorie de Darwin devient une vérité scientifique, il ne faut pas avoir peur. Le Coran supporte cette lecture. »

Recadrer le débat :
au fait, quand on parle de l’évolution, que veut-on dire ?

La théorie de l'évolution selon Darwin (Origine des espèces, 1859) repose sur le principe de sélection naturelle pour expliquer l'évolution des êtres vivants : schématiquement, on peut retenir ces caractéristiques acceptées unanimement comme une synthèse explicative de base pour comprendre et cadrer l’apparition de la terre, celle de la vie et de la complexification progressive et continue du réel. On distingue notamment :

  • A sa naissance , des variations ou modifications très faibles distinguent chaque individu des autres individus de l’espèce. . Dans la concurrence incessante existant entre les individus d'une même espèce (la lutte pour l'existence), seuls les plus aptes, c'est-a-dire les mieux équipés par rapport au milieu, survivent.
  • La sélection naturelle fixe la bonne variation et assure, par l'addition des variations, la direction de l’évolution. Une loi naturelle est connue non comme progrès mais comme automatisme sans finalité. Par exemple, on peut constater une interdépendance du milieu : selon qu’un animal soit ruminant ou carnivore, le système digestif est (ou devient) spécifique selon son mode d’alimentation. En interaction avec le milieu, ces modifications deviennent un héritage inscrit dans les gènes qui se transmet aux générations suivantes.
  • L'univers actuel est le résultat inachevé d'un processus de différenciation et de complexification.
  • Il y a donc clairement rupture due à l’adaptation du milieu. Pour le vivant humain, quelque chose s’est ajouté. Les développements acquis se transmettent d’une génération à l’autre. L’information sociale, la culture modifie l’humain, dont les informations se transmettent génétiquement.
  • Comment comprendre les caractéristiques humaines spécifiques, en lien avec son milieu de vie ? Aujourd’hui, scientifiquement, on situe l’apparition des premiers primates tourne autour de 60MA. Mais, et cela me semble éclairant, l’hominisation n’est pas à comprendre les singes et les hominidés comme de proches cousins. A un moment donné, il y a eu une claire séparation des deux espèces. Dus, selon Yves Coppens, à un changement climatique consécutif à ola formation du grand Rift dans l’Ouest africain. Pour survivre dans la savane, l’homme des origines a du s’adapter par l’acquisition de la bipédie et la station debout. Ceci entraine d’autres modification : la forme du bassin se modifie. La station debout permet l’ouverture au développement du cerveau entre autre.
  • On peut ainsi lire ou comprendre les théories de l’évolution comme la volonté de lire l’organisation historique du monde comme la source qui va vers le fleuve du vivant.
  • Pour comprendre et imaginer l’ampleur de ces évolutions, j’aime assez cette image proposée par Hubert Reeves pour comprendre la notion de temps dans l’évolution du monde : il compare et résume l’évolution de l’univers depuis le Big Bang à une seule journée et situe la suite des événements dans cette même logique : « si l’on ramène les 4.5 milliards d’années de notre planète à une seule journée qui commence à 0 heure, La vie nait vers 5h du matin et se développe durant toute la journée, vers 22h viennent les mollusques A 23h, les dinosaures qui disparaissent à 23h40, Ils laissent la place à l’évolution des mammifères, nos ancêtres dans les 5 minutes avant minuit et ne voient leur cerveau se développer que dans la toute dernière minute ; la révolution industrielle n’a commencé que depuis 1 centième de seconde ! ».
  • Une autre spécificité humaine est la maturité du cerveau. Chez les primates, à la naissance, 50% sont à maturité. Chez l’humain, 25% sont alors à maturité. On peut alors comprendre que les stimulations extérieures, du milieu comme de la culture, sont primordiales (cf les enfants loups).

Le darwinisme est-il exempt de tout reproche ?

Sur le plan scientifique, il est toujours en débat. Il faut faire une distinction entre le phénomène évolutif, qui fait l'objet d'un consensus scientifique, et les théories explicatives de l'évolution, dont le darwinisme, qui sont toujours en chantier et prêtent par conséquent toujours à discussion. Heureusement.

En guise de conclusion :
doit-on mettre les diverses approches (science, foi et philosophie) en concurrence ?
De l’importance de distinguer les niveaux épistémologiques des discours.

Les divers niveaux de réalités, les divers discours pour expliquer et comprendre l’univers répondent à des questions, des méthodologies et des pratiques bien différentes. Pourquoi vouloir à tout prix les opposer, les mettre en concurrence, voire vouloir la prise de pouvoir de l’une sur l’autre ?
Vous l’aurez compris, derrière certaines outrances, la vision créationniste n’est pas aussi anecdotique qu’on peut le penser. Elle réactive la question de l’articulation entre science, foi et philosophie pour expliquer l’origine de l’humain et du monde. Le débat ne se limite pas au comment (la science) et le pourquoi, le sens de la réalité (philo et religion).
Doit-on rester à la seule opposition des divers domaines qui entraine incompréhension et prise de pouvoir d’une discipline sur une autre ? Ce débat est stérile et ne peut que tourner au dialogue de sourds.
Il ne me semble pas sain non plus de vouloir chercher à mettre la science et la religion sur le même pied. Ou, comme aujourd’hui, opposer Néo darwinisme comme croyance à la croyance en l’ID ou religieux. Les discours et la recherche de compréhension de la réalité sont de niveaux différents nous sommes face à des niveaux de lecture ou épistémologique d’un autre type. Mettre les choses en opposition ou tenter à tout pris de les faire concorder relève d’un malentendu.
La science a comme objectif de donner une explication à la complexification du réel et sa spécificité est la recherche de vérification. On est dans une démarche de preuves concordantes et multiples qui s’articulent dans une théorie globale.
C’est face à un questionnement, face au réel, une question (ça m’étonne ou m’inquiète) qui se pose que le scientifique va voir dans le réel comment ça marche. Il cherche une explication à ce qu’il observe. Tout discours scientifique estt bien sûr situé dans le temps et ouvre un débat, une possibilité de réagir au fur et à mesure que d’autres constatent que leur prédécesseur donnait une réponse qui ne « fonctionne pas » ou résiste à ces propres observations. C’est cela qui permet l’apparition de nouvelles théories successives. Darwin et ses successeurs ont ainsi donné un schéma d’explication de l’origine et de l’évolution du réel qui se vérifie et fonctionne, tout en gardant à l’esprit que ce ne sont que des théories sujettes à relecture et évolution (c’est le cas de le dire !).
Soyons encore attentif aux dérives possibles à ce niveau aussi : Lorsqu’on absolutise ce discours, on fausse tout autant le débat ! On se fourvoie : on tombe alors dans le domaine de la croyance et le possible fanatisme pour défendre son point de vue. Et on change alors de niveau épistémologique.
De son côté, le débat religieux cherche du sens en référence à une transcendance. Il ne s’agit pas d’une approche démonstrative (recherche de preuves), mais des croyances ou des représentations mentales. Même si on aimerait des preuves de ces réalités, on n’est pas dans cette dynamique. Je préfère parler du 'comment vivre' ?
Par exemple, la référence à l’ID est certes un raisonnement élaboré, mais relève de la croyance qui postule que l’évolution du monde, dans toute sa complexité, ne peut relever du hasard, mais d’une intelligence supérieure qui a dirigé l’évolution. Bonne chance pour prouver cette réalité. Par contre, elle permet d’y donner sens, en postulant que nous ne venons pas par hasard, mais que l’évolution repose sur une intelligence supérieure qui confirme la suprématie e l’homme sur le reste du réel. On est ici dans le domaine d’une conviction, d’une croyance (tout à fait légitime en soi) qui cherche à se rationnaliser.
Ce faisant, on fausse, voire on entre dans une inversion de logique. La croyance prend la première place, prend le pouvoir, sans se référer ni tenir compte d’un réel qui heureusement lui résiste … c’est une prise de pouvoir qui oublie qu’on est face à deux modes de pensées radicalement différent et à la fois complémentaire.
De plus, pour appuyer cette approche critique, reconnaissons que le créationnisme est à la fois a-religieux (la lecture fondamentaliste des écritures est une position facile, car elle évite de retourner au texte originel) et a-scientifique (une croyance se pare des attributs de la science sans se confronter au réel, mais se base seulement sur la croyance !).
Enfin, il me semble vraiment utile et fondamental, pour éviter de se crisper ou de tomber dans une approche condescendante ou supérieure face à celui qui pense différemment de moi, de se rappeler que, dans ces dimensions, on est aussi dans un niveau existentiel ! Celui qui ne partage pas mon avis n’est pas un imbécile, mais sa croyance l’aide à trouver du sens et est profondément ancrée en soi. Il y a derrière un discours raisonné une question de loyauté vis-à-vis de soi et de son origine. Et on peut entendre parfois le discours rationnel comme une injure à la question de ses origines.

Envers et contre tout, ne pas mélanger les deux niveaux épistémologiques.

Un autre écueil à éviter est le relativisme (tout se vaut, pas besoin de se poser ces questions, chacun croit ce qu’il veut), ni de mélanger les deux niveaux, comme dans le concordisme. Le créationnisme par exemple soutient que le dinosaure et l’homme ont coexisté au temps du paradis terrestre. Ça ne tient pas la route et fausse le débat.
Le débat de fond pousse non à mélanger les deux discours, ni à les opposer, mais à accepter leur différentiation. La religion et la croyance nous sont nécessaires. Elles réclament adhésion personnelle et intime pour se construire humainement (et donc réclament un certain niveau de respect plutôt qu’une attitude de dénigrement). La science repose sur les faits, dans une tentative d’explication (qui reste évolutive). Si on sort de cette différentiation, qui n’empêche nullement leur articulation, heureusement !, on tombe dans une idéologie, donc dans la croyance qui ne peut se vérifier ou convaincre, à moins de prendre le pouvoir. Et donc d’échapper à notre réalité.
J’espère avoir pu être fidèle à cette approche.
La seconde intervention se propose de resituer le récit biblique dans son propre contexte et son niveau de lecture. En ouvrant le débat et la lecture dans une approche littéraire, poétique et cultuelle. La Bible ne se veut pas un recueil scientifique. Elle est l’histoire d’un peuple qui relit son histoire comme histoire de salut et d’une alliance. L’introduction des écritures saintes (GN1-11) c’est l’histoire d’un don reçu, de son refus et d’un salut offert au genre humain.
Pour en retrouver le goût et un sens bien éloigné de la controverse pseudo-scientifique qui fait offense à la foi d’Israël en ne respectant ni le contenu de foi ancré dans une histoire, ni le genre littéraire, ni le créateur. J’espère que ceci vous donnera l’envie d’en savoir un peu plus …

Merci pour votre attention.

Vers la page de la 2° soirée

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