"Communautés en proximités - Église en différences"

Conférence œcuménique 20 janvier 2009 - Verviers

Chanoine Bodeson.

Résumé: « depuis le concile Vatican II, et même plus tôt, à son approche, des initiatives verviétoises ont engendré un mouvement de proximité plus fraternelle entre les communautés chrétiennes de toutes confessions. » D'où dans mon titre « communautés en proximités » au pluriel.

Les grandes différences, autant que les ressemblances de conception des réalités de la foi vécue, ont engendré des dialogues et des actes dans un projet d'unité en Christ.
L’Église du Christ est Une. Quoiqu'il en soit de ses multiples apparences. D'où dans mon titre « Église au singulier - en diversités - au pluriel.
Un défi d'avenir nous presse : face aux religions immigrées et à la mêlée interculturelle, n'avons-nous pas à témoigner en commun ?
Tel sera le fondement de cet entretien.
Pour plagier le célèbre dominicain le père CONGAR qui commençait ainsi une conférence à Jérusalem, je vous offre d'abord cette citation : « Toute conférence est intéressante, au moins pour le conférencier. Disons, toute conférence est intéressante ...à faire. On délivre un message ; on sème une parole et ensuite, qu'on veille ou qu'on dorme, elle fait mystérieusement son chemin. Mais cette conférence est pour moi singulièrement importante ! D'abord parce que la demande que vous m'avez adressée à la tenir devant vous m'honore beaucoup, la tenir en cette ville dans laquelle après 25 ans d'enfance et de jeunesse j'ai pu exercer 25 années de ministère presbytéral. La tenir devant une assemblée désireuse d’œcuménisme aussi. Mais il est vrai, le sujet me tient fort à cœur. Merci donc de m'avoir convié à vivre cet effort. »
Il m'est arrivé une petite mésaventure. La semaine dernière, je concélébrais la messe un jeudi avec mes frères chanoines, messe présidée par notre évêque ; mon rôle est d'y lancer les chants. Durant la préface de l'eucharistie, voilà que mon esprit a abandonné les lieux pour divaguer au sujet de cette conférence-ci. Venu le moment de lancer le chant « Saint le Seigneur », j'étais ailleurs, les regards se tournent vers moi, je me ressaisis, je cherche ma page, je lance le chant sur une note fausse, puis tout retombe dans l'ordre. Distrait...gêné ! A quoi donc étais-je en train de rêver ? Et bien de la présentation du plan de l'exposé. Je voyais un homme qui se mettait à genoux intempestivement et je me mis à rêver « A GENOUX TOUS ! »
Déclic !

Mon plan aura trois ensembles : JE – NOUS - TOUS.
En un premier temps JE, un temps pour les anecdotes personnelles, NOUS, un temps pour parler des proximités fraternelles entre communautés chrétiennes. Et TOUS, un temps pour parler de l'Église.

« JE » UN TEMPS D'ANECDOTES PERSONNELLES

Bien avant d'être prêtre, au cours de mes années d'études secondaires dans les années 50, à chaque mois de janvier, nos maîtres, se servant de la brochure éditée à cet effet, nous poussaient à prendre au sérieux la semaine de prière pour l'unité des chrétiens. Il nous était possible de nous informer à propos des Églises issues des Réformes du 16° siècle ou du déploiement caractéristique de l'Orient. Les églises protestantes dont nous repérions les temples notamment rue Saint-Antoine et rue Laoureux. Avec « défense d'y entrer ! ». De toute manière elles étaient fermées. Des frères chrétiens ? Frères ?! Plutôt une « fratrie » comme un iceberg : on en perçoit souvent les aspects les plus bruyants et les moins heureux. Reste à explorer la partie immergée, riche, étendue, essentielle, bien que discrète.
J'ai pu vivre cette exploration. Jean XXIII en la vieille Église romaine en fut le provocateur. Lui qui voulait un concile d'unité entre les chrétiens y convoquait comme observateurs des grands maîtres des autres confessions et des théologiens catholiques éminents précédemment mis à l'index et ainsi réhabilités ; des pères Congar, de Lubac, le cardinal BEA, ce jésuite qui fit se rejoindre les catholiques et les réformés en ouvrant largement la science de la Bible précédemment et longuement mise sous caution dans son Église. C'est marqué par l'impact de ces frères là que je fus ordonné prêtre et puis nommé vicaire à Notre-Dame de Verviers.
Très rapidement j'ai été interpellé pour entrer de plein pied dans l'intérêt de l’œcuménisme verviétois par une dame convaincante et qui m'a ouvert bien des horizons, feue Jeanne Chantal Desart. Et je découvris la prestance qui m'intimidait d'abord, des pasteurs principaux de l'heure : les pasteurs Vanescote, Kousbroeck, Ewans, ainsi que les prêtres moteurs de l'action, l'abbé Tollet et le père jésuite Jacques Buyle.
C'est à eux que je dois les résultats positifs de l'exploration et le passage à la proximité.
Les réunions de prière de la Semaine de janvier étaient organisées au début dans les locaux de l'école provinciale de rue aux Laines. Histoire de garder un lieu totalement neutre de toute préséance. J'y appris qu'une religieuse « petite sœur de Charles de Foucauld » fut l’instigatrice de ces rencontres avec Paul Tollet dont les contacts avec ses co-enseignants à l'athénée étaient très ouverts. Un jour vint où le groupe trouba bon d'enfin organiser ces rencontres de prière dans un lieu de culte. C'était en 1972, peu de temps après qu'une assemblée de prière commune se tint à St Remacle dans la circonstance de l’assassinat de Martin Luther King. Je proposai de venir en l'église Notre-Dame. Ce fut admis… J'ai pensé par après : quel effort pour nos frères protestants d’entrer dans une telle église aux accents de contre-réforme, bourrée de statues de saints et dédiée à Marie spécialement pour un culte exclusif. On se souvient de la dédicace de cette église, formellement anti-calviniste. « A St François notre frère, au Saint-Sacrement et à la Vierge Marie sa Mère. »
Culte des saints, culte marial, culte à la Présence réelle. Le pasteur Kousbroeck, dans son flegme tout hollandais, me fit bien comprendre qu'on n'en n’était plus là. Et que les clubs de foot comme l'Ajax dont il était supporter passionné, s'affrontent, font des performances au grand (amster)dam de l’autre et puis se saluent en toute fraternité.
A cette époque furent créés aussi des groupes d'étude. Personnellement je tenais un groupe où l'on étudiait la question des ministères selon un livre de Congar, et selon le Bem (Baptêmes, eucharistie, ministères), et aussi du Christ comme seul médiateur. Bien après ,une ancienne équipière protestante me demandait quand serait supprimé le nom de Marie-Médiatrice à l'église catholique de son quartier, vu que nous avions étudié l'inadéquation de ce titre, lui-même rejeté par le Concile. On attend toujours. Plus tard, avec le pasteur Roux et son épouse, je faisais l'expérience d'une très belle amitié. Et je me nourrissais de son éminente culture encyclopédique. Le couple aujourd'hui a retrouvés on Neuchâtel suisse d'origine et n'exerce plus le ministère pastoral.
Tant de choses encore.
Mais il est temps de passer au NOUS du titre.

NOUS !

Toutes ces initiatives vécues dans la simplicité, dans la civilité les uns avec les autres, dans l'attention à la foi de chacun, tout cela devait nécessairement engendrer un mouvement de proximité plus fraternelle entre les communautés chrétiennes de toutes confessions. Selon l'aura des pasteurs et prêtres cités, nombre paroissiens répondaient aux divers appels. Même à celui de vivre une excursion découverte le premier mai. Les mariages mixtes se préparaient avec une vraie entente. En se rendant d'une église, d'un temple, d'un lieu d'assemblée à l'autre, les grandes différences se ressentaient et étaient accueillies avec respect et non plus avec jugement sectaire. Elles se découvraient comme une initiation magnifique à la sensibilité de tous. La sensibilité de foi des Pentecôtistes avec un pasteur connaissant par cœur une multitude de citations bibliques –chapitre verset et phrase.
On colle à la bible, L'Ancien Testament est lieu de Parole divine. Qui mieux que les protestants pour faire redécouvrir cela aux ignorants catholiques encore trop chargés de préjugé contre le Dieu de l'Ancien Testament ? La Parole de Dieu nous unit au-delà des divisions et des frontières. Quelle Parole de Dieu ? Est-ce celle qui s'aliène à la traduction que nous préférons ? Est-ce celle que nous dogmatisons pour transmettre l'enseignement divin selon nos normes ? Ou bien ... Est-ce celle que nous laissons nous parler dans le silence de notre conscience et qui nous mobilise pour nous accorder au Seigneur ? La Parole qui engendre notre foi et la foi qui nous rend justes, accordés au Dieu saint ?
Un jour nous choisissions d'organiser la conférence de prière dans les locaux de l'Assemblée du Christ rue Ortmans ; là, il n'y a pas d'instruments de musique tout comme dans les monastères cisterciens ; l'austérité esthétique afin de ne pas éloigner l'attention sur la mise en œuvre de la description des communautés originelles décrites dans les Actes des Apôtres Frères. Là la parole ne peut être donnée à la gent féminine. C'était justement à une femme que l'enseignement avait été confié. Nous avons été ailleurs. Une autre fois nous sommes allés chez les adventistes du septième jour. Depuis peu, cette association de chrétiens grands spécialistes fondation d'hôpitaux aux Etats-Unis, était reconnue comme une église. Il fallait que nous comprenions pourquoi ces croyants avaient retenu comme jour du Seigneur le sabbat, le septième jour plutôt que le premier jour de la semaine. Un exposé sérieux à ce sujet et leur témoignage du respect à du commandement propos du sabbat comme jour sacré fut accueilli avec respect par les auditeurs tout surpris. Durant la collation de fraternisation, un membre adventiste me dit : « l'événement de ce soir est une première extraordinaire, une bénédiction de l'Eternel. En effet jadis nous étions instruits pour rejeter tout enseignement et tout mixage avec les autres Eglises chrétiennes, surtout avec les catholiques, la fameuse Babylone de l'Apocalypse. Jamais je n'aurais imaginé qu'un jour nous serions ici ensemble et que vous auriez si attentivement écouté l'explication de nos convictions bien différenciées des vôtres. »
Les grandes différences, autant que les ressemblances de conception des réalités de la foi vécue, ont engendré des dialogues et des actes concrets dans un projet d'Unité en Christ. Christ dans sa prière à la dernière Cène selon l'évangéliste Jean joignait le geste à sa prière « Père, que tous soient un » ll donnait la paix, sa paix, comme on donne sa vie pour ceux qu'on aime. Il engendrait la réconciliation. Il rompait le pain et partageait la coupe de bénédiction pour cela. Nous ne sommes peut-être pas encore à ce stade.
A Seraing, l’œcuménisme est entreprenant (notez qu'il y a là aussi de l'abbé Tollet dans les initiateurs). Pour célébrer l'événement de l'entrée dans l'année jubilaire de la Rédemption l'an 2000, les paroisses catholiques ont rejoint les paroisses protestantes pour un repas partagé selon les coutumes de celles-ci, autour du sapin.
A minuit tous se sont mis en route avec des flambeaux en main vers le temple et là s'est déroulé un culte magnifique avec la chorale de la paroisse catholique de Tilleur et la prédication du pasteur Tonnon et du doyen, votre serviteur. Expérience unique, forte, à la place de nos messes de minuit. En suite de quoi il y eût encore d'autres célébrations au premier dimanche de l'Avent une fois en l'église primaire, une fois au temple, là fut même célébrée une sainte Cène, malgré la réserve à ce sujet émise par l'évêque de l'époque à propos de l'inter communion. Nous avons cependant vécu l’hospitalité jusqu'y compris la fraction du pain. Chacun découvrait la foi de l'autre, où la présence réelle du Christ ressuscité est a priori dans le pain de communion, ou dans les personnes qui se mettent en belle couronne pour recevoir le pain rompu et la coupe. On y découvre que là, la table est table de communion, là où l’Église s'assemble au nom du Christ, là elle est autel, lieu où se manifeste l'unique sacrifice du Christ pour toutes les générations. Au temple, le prêtre, homme du sacré restant cependant avec l'assemblée, le pasteur homme du rassemblement dans la foi exerçait chez lui son ministère. Chacun selon sa spécificité. Que de découvertes ! Mais parfois aussi que de fines transgressions ! C'est comme dans l'évangile, la femme aux pertes de sang, dans l'interdit de toucher le saint de Dieu et qui le fait quand même en toute discrétion. Que se passe-t-il après cette terrible transgression ? Elle ne meurt pas, elle se redresse, guérie. Une force est sortie du Christ pour l'investir. Beaucoup de dépassements de l'ordre établi peuvent se vivre entre nous où l'on sent qu'une force vient du Christ, nous relève et nous met en route dans la joie. Ce n'est pas seulement de l'émotion, c'est une expérience de foi.
Cela permet de conclure ce chapitre : pour citer Lautréamont : « Je suis le fils de l'homme et de la femme, me dit-on. Ça m'étonne ! Je croyais être davantage. »
Cela me rapporte à l'événement du baptême de Jésus dans le Jourdain selon l'évangéliste Marc. L'Esprit planait sur les eaux comme dans la Genèse de la Création ; l’homme Jésus sortit de l’eau et au moment de la rencontre avec l’Esprit, Dieu dit et cela fut : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ».
Nous reconnaissons mutuellement nos baptêmes. Lieu de rencontre d'un fils, d'une fille d'homme avec l'Esprit créateur : et nous avons tous reçu pour nous cette parole d'identité : « Voici mon fils, voici ma fille, dans le Christ, mes bien-aimés ». Nous sommes au niveau de cette dignité, il est heureux que se manifeste notre « fratrie » et que nous soyons portés dans la foi à dire ensemble à Dieu : « PÈRE ». Nous en sommes-là.

TOUS POUR UN. Une seule Eglise en différences.

1° argument : un peuple de baptisés, à l'image de Dieu.

Dans l'Ancien Testament, Dieu se révèle à travers l'histoire d'un peuple qu'il a choisi. Lentement le peuple découvrira qu'il a été choisi non pour exercer un pouvoir, une élection à voir comme une exclusion des peuples différents. Le peuple découvrira qu'il a été choisi par amour et pour témoigner à son tour son amour. Le peuple découvre un Dieu toujours fidèle, lui qui ne l'est guère, ce qui engendre bien des malheurs. Le peuple découvre un Dieu fécond et créateur, lui qui ne l'est guère, l'allégorie de la vigne qui ne porte pas de fruit en témoigne. Le peuple découvre un Dieu Unité, lui qui se divise d'avec le Royaume du Nord et engendre des conflits de pouvoir et des dispersions multiples.
Le peuple découvre un Dieu fécond et créateur. Aujourd'hui. Les chrétiens seront-ils solidaires pour la sauvegarde de la création, la qualification de la vie. Serons-nous forces vives à l'unisson au cœur du monde ? Le peuple découvre un Dieu fidèle. Sommes-nous fidèles à la foi de nos Pères ? Sommes-nous fidèles à nos consciences éclairées par l'Esprit-Saint, par la Parole de Vie ?
La soif de la Parole de Dieu nous pousse-t-elle vers les sources : la Bible, et les lieux où elle est proclamée et écoutée en frères et sœurs tous ensemble ; nos lieux de fraternité qui témoignent de la Parole vécue dans toutes les traditions culturelles.
Au total, nous découvrons la présence du Christ en qui Dieu a mis tout son amour. L'amour fait l'unité. Côte à côte avec les religions immigrées qui s'implantent en nos villes, il nous est particulier d'être nourris d'amour et d'espérance.

2° argument : un peuple de baptisés, un seul Seigneur, une seule foi, un seul Dieu et Père.

Jésus, en montant vers Jérusalem notamment selon Matthieu, va en fait vers le lieu où se manifestera le Royaume des Cieux qui vient. Jérusalem ? Plus précisément le Temple. Ce sera le lieu du grand discernement, le lieu du « jugement » : notre humanité rencontre Dieu.
En fait, dans le concept biblique juif, ainsi qu'il n'y a qu'un seul Dieu, il n'y aura jamais qu'un seul Temple. L'humanité le fait à son image avec des espaces de sélection des gens, avec des accès rituels protectionnistes. Dieu le veut à son image. C'est le conflit.
Quand l'Eglise romaine devient « religion officielle » de l'empereur, la même idée revient : le siège romain de la chrétienté est unique comme l'empereur est unique. Un seul temple. Nous l'appellerons la cathédrale de l'évêque de Rome ; son titre est beau et évoque bien qu'elle se veut être le lieu du salut, le lieu du discernement, le lieu d'où naîtra la pensée unique de l'Église d'occident. Son titre ? SAINT-SAUVEUR ; bâtie sur la colline du Latran à Rome, elle évoque bien que le Sauveur n'est pas l'empereur, mais le Christ. Volontaire contestation à l'empereur. Elle est le lieu où l'humanité impériale veut un temple à son image, mais où les chrétiens de Rome insistent pour dire que ce lieu est bâti à l'image de ce que Dieu veut. Il veut un temple unique qui rassemble dans l'unité le peuple dont le Christ est le Sauveur. Le Christ est fondation ! Le pouvoir de l'empereur n'en est pas la fondation. C'est à la fois un lieu qui valorise le pouvoir humain, la fierté romaine et impériale, mais aussi un lieu de contestation : le pouvoir est au Christ. Cette contestation est, finalement, le fil rouge de l'existence de ce lieu à travers toutes les époques. Encore en nos siècles. Le pouvoir « impérial des papes » semble avoir pris de la distance par rapport à ce lieu en s'installant au Vatican. Le fondement de l'unité de l'humanité est le Christ Sauveur. Le fondement de l’Église romaine serait-il plutôt le Saint-Siège au Vatican ? Allons-y pour le débat. Sans cesse le peuple chrétien se divise autour du principe du pouvoir des papes. On se souvient des débuts de Jean-Paul ll qui, chaque fois qu'on l'acclamait en disant « Vive le pape ! » s'appuyait le front sur sa crosse surmontée d'une croix en disant « Loué soit Jésus-Christ ». De façon très courte, osons le dire : pourquoi la foule en délire ne crie-t-elle pas aussi « Loué soit Jésus-Christ » ? Celui-ci viendrait bien, brûlant d'amour pour la maison de son Père, remettre les choses en ordre en son Église, c'est à dire là ou se rassemblent en son nom seul, le peuple des baptisés. Quelle joie dans le Royaume des Cieux pour un seul pécheur qui se convertit !
Et l'histoire se fait des religions du prince et des répressions de tout qui s'éloignait de cette pensée unique. Quand vint l'implosion, les convictions de foi se distinguèrent, se rejetèrent, se massacrèrent. Si l'Église romaine se dit témoin privilégié de l’Église unitaire des débuts, seule en laquelle subsiste l’Église unitaire, si son langage distingue les Églises et les communautés chrétiennes à l'aune de ses propres critères, il est normal que la réaction s'exprime fermement par ailleurs. Elle n'est pas pardonnée de ses graves péchés qui ont engendré les ruptures des réformes nécessaires.

3° argument : quelle Église sera supérieure à l'autre ?

J'ai trouvé un dessin qui exprime bien cette question. Un jeu de clochers du type russe. J'y ai placé sur chaque pointe de clocher le signe distinctif des églises chrétiennes : le coq catholique, la croix protestante, la croix orthodoxe. La fondation de ces tours est unique. Aux extrémités gauche et droite de cette base deux petits clochers. Je les nomme Marie, la femme auprès de la croix et Jean, le disciple que Jésus aimait. Ces personnages entourent ainsi ce lieu de souffrance du Christ déchiré, et qui pourtant figure le Temple unique. « Femme, voici ton fils, Fils voici ta Mère ! » Naissance symbolique de l'Eglise, une dans le Christ, Sainte dans le Christ vivant du témoignage des apôtres dans la diversité. Une Église, avec ses différences, avec la portée de ses options présentées comme des corrections fraternelles. Dès le départ, la prédication des apôtres engendrait des communautés très diverses. Les églises pauliniennes, les églises de Marc, les églises de Thomas, les églises primitives dont les héritières sont syriaques, coptes, éthiopiennes. Les Églises des sept patriarcats ramenées à l'unisson de foi sur le Christ vrai Dieu et vrai homme, par les conciles des premiers siècles.
Puissions-nous acquérir la conviction que lorsque nous disons « Église », nous intégrons les baptisés de toute confession chrétienne. Un pasteur m'a demandé de vous dire : « Tous les baptisés sont chrétiens, pas seulement les catholiques. Cessez de dire « nous les chrétiens » alors que vous n'engagez que les catholiques romains. Si nous disons Église romaine, ou Églises issues de la Réforme, Églises protestantes, Églises orthodoxes, etc... nous disons en fait le second degré du concept « Église », le degré typiquement humain de la diversité…

Que ce soit « je » dans une conscience droite, que cela soient « nous » dans une proximité de plus en plus activée, TOUS nous sommes une seule Église. Un peuple convoqué par le Christ, plongé en Lui, le seul qui, par son Esprit, réconcilie le monde, détruit les murs de haine et fait qu'il n'y a plus ni juifs, ni grecs, ni hommes ni femmes, ni esclaves, ni hommes libres… Le Christ, dans l'enseignement des apôtres est le premier fondateur au monde d'une société égalitaire parfaite. Mais sa perfection ne se manifestera que dans le Royaume des Cieux. Cessons de le trahir. Quand nous nous activons dans la prière et les initiatives pour l'Unité, ayons la conviction que l'Unité existe dans le Royaume des Cieux, dans le Christ. Il nous reste à en manifester l'existence dans nos différences au cœur du monde.

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